Nourrir les oiseaux sauvages 2/4: les risques

Diaporama: aperçu de la famille des fringillidés, qui fréquentent assidument les mangeoires. ⠀

MANGEOIRES, ÉVOLUTION ET DÉPENDANCE ⠀

L’une des plus grandes craintes des scientifiques c’est la dépendance des oiseaux et leur domestication par notre intervention dans leur façon de s’alimenter. Quand on nourrit les oiseaux sauvages, on le fait parce qu’on croit qu’ils ont forcément besoin d’un coup de main, ça part d’un bon sentiment. Dans la réalité, les pertes hivernales dues aux maladies, aux prédations ou à un manque d’adaptation des individus aux conditions données font partie de la sélection naturelle. Mais les Britanniques sont en train de favoriser malgré eux l’évolution de la fauvette à tête noire en une nouvelle espèce. Une étude allemande* a en effet démontré que non seulement un groupe de fauvettes a modifié sa route migratoire pour passer l’hiver en Grande Bretagne plutôt que du côté de l’Espagne, mais aussi que les mangeoires jouaient un rôle dans cette nouvelle stratégie puisque ces changements ont commencé à se produire quand la pose de mangeoires s’est démocratisée en UK. Des mesures confirment aussi qu’au niveau morphologique ces fauvettes sont en train d’évoluer: leurs ailes deviennent plus courtes (elles ont besoin d’aller moins loin pour la migration hivernale) et leur bec s’est allongé et est devenu plus étroit. Cette évolution est en cours depuis une cinquantaine d’année. Le directeur de recherche, Dr Schaefer reste plutôt optimiste sur la stratégie de ces oiseaux car cela illustre une certaine faculté d’adaptation.

Le nourrissage artificiel peut donc véritablement modifier la sélection naturelle et donner une direction à l’évolution des espèces, favorisant des individus et espèces plutôt que d’autres et créant une dépendance, ce que dénoncent aussi des scientifiques et amoureux des oiseaux moins enthousiastes que Dr Schaefer. Dans la réalité, les oiseaux (mais aussi d’autres animaux) s’imposant à nous par leurs propres choix sont nombreux. Ils se sont rapprochés de nous afin de tirer partie de nos cultures, de nos restes (le renard ou le goéland leucophée profitent de nos détritus), de nos logements aussi, alors qu’ils auraient pu continuer de vivre dans des lieux plus sauvages, avant même leur destruction entamée par nos soins il y a quelques siècles (les hirondelles en sont un bon exemple). C’est un choix stratégique de la part de ces espèces, et ce choix s’avère payant ou non et il n’a aucune morale.

PROCHES MAIS SAUVAGES

On a tendance à parler de domestication mais les oiseaux qui se sont rapprochés de nous restent tout de même sauvages: vous ne pourrez pas les approcher si facilement et il n’est possible de dresser que certaines espèces. Renoncer à donner un coup de main aux oiseaux par un nourrissage adapté, donner à boire ou encore poser des nichoirs sous couvert de risque de domestication est donc un énorme raccourci. Mais on manque aussi de recul pour déterminer quels sont les impacts exacts du nourrissage chez les oiseaux en tenant compte de l’ensemble des menaces qui pèsent déjà sur eux et qui sont aussi de notre fait. Parallèlement il est aussi bon de rappeler que nous dépendons aussi des oiseaux et que leur disparition serait tout aussi dramatique pour nous sinon plus que l’inverse.

MOTIVATIONS

Evidemment, on doit se questionner sur nos motivations. Bien souvent, l’argument des associations de protection des oiseaux c’est le spectacle des oiseaux aux mangeoires par un geste altruiste, et la reconnexion à la nature, mais il ne faut pas tomber dans le piège égoïste de nourrir pour simplement profiter. Car accepter de nourrir les oiseaux c’est tenir compte de leur comportement naturel, des spécificités des espèces et des risques réels à poser des mangeoires et d’accepter les responsabilités d’entretien et de gestion que cela implique…

Dans le prochain volet nous aborderons l’alimentation en elle-même, en espérant que les marques et distributeurs contactés me répondent rapidement (note de juillet 2022: je n’ai jamais eu aucun retour).

*Contemporary Evolution of Reproductive Isolation and Phenotypic Divergence in Sympatry along a Migratory Divide – Martin Schaefer, Gregor Rolshausen, Gernot Segerbacher, Keith A. Hobson

The seed of evolution: feeding garden birds is creating whole new species, Daily Mail

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