Nourrir les oiseaux sauvages 4/4: alternatives

La question de l’utilité du nourrissage hivernal des oiseaux sauvages reste entière. En effet, il n’a pas été entièrement démontré que cela soit bénéfique et nous ignorons si les oiseaux ont réellement besoin de notre aide. Nous tendons à faire une projection de leurs besoins d’après les éléments dont nous disposons qui sont relayés par les associations et certains médias, à savoir que la plupart des activités humaines ont un impact négatif sur le développement de la vie des autres espèces que la nôtre: en nourrissant nous souhaitons donc contribuer directement et individuellement à ce que le nombre d’oiseaux croisse en augmentant leurs chances de survie. Mais la domestication est pointée du doigt par certains protecteurs de la nature, non sans créer de discussions vis-à-vis des dualités sauvage / domestique, contribuant de fait à élargir le fossé entre Homme (en tant qu’espèce) et Nature. Je reste très dubitative sur l’aspect « domestication » des espèces attirées aux mangeoires: certes, la domus c’est la maison; poser de la nourriture ou même proposer des arbustes et des plantes adaptés c’est rapprocher les oiseaux et d’autres animaux de la maison, et ce n’est pas toujours voulu. Est-ce fondamentalement un mal, est-ce que les animaux ne sont pas capables de décider eux-mêmes des meilleures stratégies à adopter? N’ont-ils pas le droit d’être opportunistes? Ne s’approchent-ils pas déjà d’eux-mêmes sans nos sollicitations? Certes, notre intention de les attirer fait toute la différence par l’aspect de contrôle que cela semble impliquer. Mais rien n’est plus imprévisible que le vivant.

Pourquoi souhaitons-nous ce rapprochement et pourquoi par le biais de la nourriture? je pense que le sujet mérite réflexion si on a l’intention d’agir et je ne peux apporter de réponse à votre place. Je me suis basée sur le fait que nourrir par mauvais temps c’est ma participation à un processus de continuité dans la vie; dans la pratique ça m’a fait comprendre que les chances de survie sont minces malgré un nourrissage. Car dans cette domestication supposée (dont on a vu précédemment qu’elle n’est pas si évidente) il y a une forme de contrôle qui n’est en effet pas systématique: les oiseaux s’habituent certes à venir sur le même point de nourrissage (comme ils le font ailleurs et sans notre intervention!) mais nous ne décidons pas de qui, quand, quel nombre, s’ils seront porteurs de maladie, s’ils vont attirer des prédateurs ni même s’ils vont revenir l’an prochain et certainement pas s’ils vont venir manger à la main (je déconseille de dresser les oiseaux sauvage à le faire): d’ailleurs un renard vient très régulièrement visiter une des mangeoires (au sol) alors que ce n’était pas du tout attendu! Les animaux doivent garder une certaine crainte, une distance vi-à-vis de nous parce que nous ne sommes pas tous bien intentionnés envers eux. Et ils doivent donc aussi garder une certaine autonomie mais souvenons-nous aussi que nous sommes des espèces interdépendantes.

POUR UN JARDIN « NATUREL » ⠀

On peut venir en aide aux oiseaux comme aux autres espèces par des manières détournées. On pourrait adapter nos jardins ou  « espaces verts », même si cela reste un pansement à des problématiques plus profondes, relevant de la panoplie des « petits gestes ». Jardin nourricier par excellence, le  « jardin d’oiseaux » (qui est de fait un jardin favorable aux insectes et à la biodiversité en général) est une solution durable, saine qui va nécessiter une réflexion sur le choix de végétaux, leur emplacement, la limitation de l’entretien de ce jardin, la mise à disposition de lieux propices à la nidification, l’accès à l’eau, etc. On peut parler de  « jardin naturel » (ou de jardin en  »libre évolution » ou encore de « jardin punk », ajout du 15 juillet 2022) car l’intervention humaine y est limitée. Il est au fond bien plus important de  « cultiver » des lieux de vie similaires en  « réparant » ou recréant des milieux naturels qui ont bien souvent été détruits ou rendus stériles car ils ne sont pas accueillants et ça peut commencer chez soi. Parallèlement nous devons nous battre, militer auprès des quartiers, des communes, des villes pour créer plus de zones intégrant et favorisant une faune et une flore sauvages sur des modèles adaptés, aussi bien en milieu urbain qu’à la campagne. Nous devrions aussi réclamer et favoriser un modèle agricole différents, revois la gestion des forêts, réclamer un frein aux activités d’extraction, d’exploitation, d’industries, en bref toutes activités incompatibles globalement avec la vie car ce sont là les véritables maux à l’origine de l’effondrement des espèces.

En somme c’est à la source que le problème doit se résoudre; nos  « jardins d’oiseaux » ont cependant toute leur place comme espaces de conservation, des mini réserves susceptibles, si la situation s’améliore, de repeupler alentours: ça commence par nous et nos petits espaces privés mais ça doit aussi et surtout se poursuivre plus loin, en communauté et à plus grande échelle. Dans tous les cas, nous ne pouvons attendre que les solutions viennent d’en haut et petits comme grands gestes doivent s’unir pour retisser la toile du vivant, si malmenée par notre espèce.

S’AFFRANCHIR DES MANGEOIRES POUR OBSERVER LA FAUNE

Enfin, on m’a plusieurs fois demandé quoi faire. Quelles marques croire? Votre désarroi était parfois palpable. Ma réponse est ed réfléchir à pourquoi vous voulez nourrir et quelles sont vos options. Si c’est pour vous rapprocher de la nature, pour observer des animaux de plus près, j’ai envie de dire que vous pouvez amplement vous passer de mangeoires! L’observation s’apprend, souvent seul.e et c’est très gratifiant, pour peu que vous vous y intéressiez. Si vous êtes sociables et préférez les groupes, des associations de passionnée.e.s d’oiseaux, insectes, de plantes, etc existent un peu partout en France et invitent gratuitement à des sorties nature. À mon sens, c’est malgré tout seul.e ou en petit comité qu’on apprend le mieux: quand on débute il faut pouvoir être calme, attenti.f.ve pour écouter, sentir, toucher, regarder… ce sont des sens qu’on doit peut-être apprendre à (ré)éduquer et d’autant plus si on vit en milieu très urbain. Mais si vous voulez nourrir parce que vous avez peur que les oiseaux meurent de froid alors je vous ai présenté différentes options: nourrissage  « artificiel » et nourrissage  « naturel » (jardin d’oiseaux) avec les risques et investissements que cela comporte. Et si vous ne nourrissez pas? Personne ne vous en voudra et certainement pas les oiseaux! Le minimum vital c’est de donner de l’eau et ça c’est à portée de presque tout le monde, surtout au coeur de l’hiver et de l’été. Vous pouvez aussi aider en militant pour que les activités humaines soient moins impactantes (négativement parlant) pour les écosystèmes, entre autre.

ET DE MON CÔTÉ? PROJETS ET ATTENTES

Parallèlement à la mise en place du jardin, je nourrirai avec les aliments les plus sains et simples possible en calquant les apports selon les températures hivernales et en espérant m’en passer totalement à terme (note juillet 2022: cela pourrait s’avérer difficile, le jardin attirant selon les hivers de fortes population de fringilles comme tarins des aulnes ou chardonnerets élégants; le jardin est aussi devenu le centre d’une étude scientifique sur les oiseaux hivernants fréquentant les mangeoires ou SPOL mangeoires). Dès cette année je plante des haies fruitières, des plantes sauvages supplémentaires mais aussi du tournesol et je laisse en place la chicorée sauvage et et toutes les autres plantes non tondues et qui ont déjà attiré de nombreux oiseaux cet automne/ hiver sans que j’intervienne. Cette zone a été un jour confisquée à d’autres espèces, j’entends donc partager à nouveau avec celles qui le souhaitent mon propre espace de vie.

Ce dossier spécial est classé sur Instagram en Une dans la rubrique mangeoires. Note juillet 2022: le projet de partage autour du  « jardin d’oiseaux » a pour l’instant été suspendu.

Merci à tous.tes celleux qui auront suivi et lu l’intégrale de ce dossier qui m’a demandé beaucoup d’investissement.

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